Aurel Letendre
Quand il est venu au monde, le 30 janvier 1924, rien ne laissait présager que Aurel Letendre deviendrait un homme d’affaires prospère et avisé au Québec en général et dans la région de Saint-Hyacinthe en particulier.
Originaire de Woonsocket, Rhode Island (USA), son père – fils de fermier – est un Canadien français qui a quitté son village natal de Saint-Aimé pour trouver du travail aux États-Unis. En pleine crise économique, la famille qui compte 7 enfants (dont 5 garçons) revient au Canada et s’installe sur la ferme paternelle que le père d’Aurel vient d’acquérir.
Quelques années passent doucement et le jeune Aurel s’inscrit à l’École d’agriculture de Nicolet où il étudie durant deux années. Mais étant le 3e fils de la famille, il réalise rapidement que la terre paternelle ne pourra assurer son avenir.
Aussi, il décide de prendre le taureau par les cornes : la Deuxième Guerre Mondiale s’étend en Europe et l’industrie militaire est en pleine expansion, notamment à Sorel où la Marine Industries produit à pleine capacité bateaux et armements.
Il s’en souvient comme si c’était hier : avec en poche trois pièces de 25 sous – cadeau de son père – il monte à bord du train qui va à Sorel en se rendant à la voie ferrée qui longe la ferme et, selon ses propres termes, en « jumpant le tender » comme le faisaient si souvent les jeunes du temps pour profiter d’un voyage sans frais.
Les premières expériences
Aurel Letendre le reconnaît volontiers, il ne sait pas alors quel genre de travail il pourra trouver. Mais il a pleine confiance à ses moyens. Solidement bâti pour ses 17 ans, il se dirige vers le port où il trouve du travail comme débardeur. Au bout de six mois, cependant, il réalise que ce travail ne lui convient pas – « un travail qui n’avait pas d’avenir » - et il décide de tenter sa chance chez Marine industries.
Tous les matins à 6h45, ils sont nombreux à faire le pied de grue et ils sont, la plupart du temps, tout aussi nombreux à se faire dire « non merci » par la voix du préposé à l’embauche : pas besoin de personne à matin !
Pour boucler la semaine, il décroche un travail de serveur (waiter) à l’Auberge du marin et c’est par hasard qu’il y apprend une façon que l’on dit infaillible de se tailler une place chez Marine Industries.
Et sans entrer dans tous les détails, le truc fonctionne puisqu’il se retrouve chez Marine Industries_x2026; mais sans métier précis et avec comme atouts, sa volonté d’apprendre et de travailler ainsi que sa force physique.
Après un certain temps, il devient assistant (helper) en opération de grue et comme il suit des cours sur les moteurs à vapeur et à gaz, il réussit les tests qui lui permettant d’opérer une grue pour manipulation de marchandises lourdes.
La guerre dévaste l’Europe et comme des milliers d’autres, Aurel Letendre est appelé à passer des examens d’aptitudes. Que personne ne s’énerve, seuls les volontaires iront au front, le premier ministre McKenzie-King l’a affirmé solennellement !
Ceux qui y croyaient ont été déçus quand la loi sur le service obligatoire est devenue réalité et que tous les jeunes en âge de servir à la Marine Industries ont été engagés par le service militaire. De nationalité américaine par sa naissance, le jeune Aurel échappe à cette conscription obligatoire mais par contre, on lui signifie clairement qu’il doit se rapporter aux autorités de son pays qui est aussi en guerre. Après avoir fait ses adieux, il quitte Sorel pour s’installer à Montréal où il trouve du travail comme mécanicien.
Obligé de retourner aux États-Unis, il en profite pour suivre des cours spécialisés donnés par la compagnie General Motors, à Anderson, Indiana ; il est question de mécanique, bien sûr, mais de tout ce qui touche le système électrique des voitures.
Le retour au Québec
La guerre terminée, il est de retour à Montréal en 1945 où il travaille comme mécanicien avant d’être engagé – pour une période probatoire de six mois – par Émile Beaudry, de Concorde Automobile, à Saint-Hyacinthe. On lui confie rapidement tout le département de service pour qu’il y apporte le dynamisme et les corrections nécessaires pour un meilleur service à la clientèle.
C’est alors que débute vraiment la période « des grandes aventures ». D’abord en 1948, il rencontre celle qui sera sa compagne de vie et, en juillet 1949, il épouse une jeune maskoutaine, Monique Leclerc. « Nous nous sommes fait la promesse de gravir notre petite montagne de vie par le même sentier. » Elle devait également devenir l’aide précieuse et nécessaire à l’organisation pour que les entreprises à venir connaissent le succès. Durant quarante ans, les départements de comptabilité ont été sa responsabilité !
De leur union naquirent six enfants, quatre filles et deux fils. Les filles : Louise, Andrée, Élaine et Manon. Elles _x0153;uvrent dans les domaines dans les domaines des communications, de la médecine et droit de la santé. Les fils : Roger et Pierre, lesquels ont repris au fil des ans les rênes des commerces établis par leur père. En effet, dès 1971, « ils ont relevé avec brio le défi en se portant acquéreurs des nombreux commerces que j’avais établis au cours des vingt années précédentes. »
Et puisqu’il est question d’entreprises – voir texte sur l’historique du Groupe Maska – tout a débuté en septembre 1950, avec la mise sur pied d’un petit garage, Maska Auto Electric, qui devait connaître rapidement divers agrandissements pour répondre aux besoins de la clientèle.
Dans la décennie suivante, des succursales ont été installées à Granby, Drummondville et Sorel-Tracy. Toutes ces entreprises, regroupées sous le Groupe Maska inc. sont dirigées par Roger.
Quelques années après Maska Auto Electric – en 1954 – c’est au tour de Maska Auto Spring de voir le jour à Sainte-Rosalie, et en 1959, c’est la fondation de Central Auto Springs, à Trois-Rivières. Ces compagnies sont devenues avec la Loi 101, Ressorts Maska (Sainte-Rosalie) et le Centre du ressort (Trois-Rivières) et elles se développent sous la gouverne du deuxième fils, Pierre Letendre.
De 1950 à 1971, les jours passent rapidement pour Aurel Letendre qui est devenu homme d’affaires prospère et père de famille que l’on qualifierait aujourd’hui de nombreuse. Comme si cela ne suffisait pas, il accepte même de siéger comme commissaire d’école durant quelques années à une période où les dossiers sont brûlants dans la foulée de la réforme de l’éducation.
Il trouvait le temps de tout faire et de bien faire les choses ! La recette de sons succès ? Le travail, la ténacité et une vision de l’objectif à atteindre. Sa qualité première ? Pouvoir, en quittant le bureau, laisser tous ses problèmes derrière lui sans qu’ils viennent lui empoisonner l’existence le reste du temps.
« Les jours, les mois et les ans ont fui avec rapidité, parfois avec lenteur sans faire de bruit et cet anniversaire fait revenir en ma mémoire cette bonne vielle chanson qui dit qu’on n’a pas toujours vingt ans. Mais il est rare dans une vie d’homme de pouvoir parler de 50 ans de loyaux services auprès de compagnies qu’on a formées, près d’employés fidèles et avec le soutien d’une clientèle toujours grandissante. Ces compagnies furent mon pays. Je les ai servies avec honnêteté, constance et dévouement pendant 50 ans.
L’occasion est propice, et c’est avec empressement que je m’associe à mes deux fils Roger et Pierre, propriétaires de ces commerces depuis 1971, pour formuler envers nos employés et notre nombreuse clientèle, toute notre gratitude et nos plus sincères remerciements. Et de souhaiter que l’économie continuera sa progression afin que nous grandissions ensemble avant que n’arrive le moment du repos du guerrier. »
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